Rappelle moi le génocide : le Kampuchéa démocratique et les actes génocidaires


Rappelle moi le génocide se concentre cette année sur le génocide perpétré par les Khmers Rouges au Cambodge, entre 1975 et 1979. Fidèle à l’esprit initiale de cette série de lives commencée en 2021, cet article est une synthèse écrite du live du dimanche 9 juillet.

Chaque génocide est différent, bien que l’idéologie reste identique, les moyens de mise en place sont relativement variés. L’objet de ce texte est la présentation des différents moyens par le système khmer rouge pour parvenir à leurs fins, rétablir la grandeur du Cambodge.


« Ce qui est infecté doit être incisé. Ce qui est pourri doit être retranché. Ce qui est trop long doit être raccourci. Couper un mauvais plan ne suffit pas. Il faut le déraciner. »

Slogan khmer rouge

Le 17 avril 1975, sous la direction de Pol Pot, les Khmers rouges prennent la capitale Phnom Penh. En l’espace de 3 jours, les habitants en zone urbaine sont déportés en direction des campagnes, elles-memes régies en diverses zones sous le contrôle d’un secrétaire qui a tout les pouvoirs. Selon le régime khmer, la ville regorge de vice et de corruption : pour reconstruire le Cambodge, il faut bâtir une société pure à chaque niveau. Tout devient interdit : argent, divertissement, religion, rire, sourire, musique, éducation… chaque jour doit être uniquement dédié au travail.

La population est divisée en plusieurs catégories, les différenciant en distribution de nourriture et droits. L’individu n’existe plus, c’est la communauté qui prime : chaque repas est ainsi pris en commun, l’intimité est très limitée voir inexistante.

L’idéologie khmère rouge se base sur un égalitarisme absolu : absence d’argent et de commerce (car capitaliste), fermeture des tribunaux, hôpitaux et écoles puisque ces structures forment des classes sociales, des élites, et sont donc suspectes selon le régime. Toute forme de contestation aussi minime soit-il est synonyme de mort.

  • Ce que les Khmers rouges nomment peuple ancien ou déchu regroupe les anciennes élites ( avocats, juges, médecins, professeurs) et partisans de Lon Nol. Bien souvent exécutés directement, ce sont les derniers pour la distribution des rations de nourriture et n’ont aucun droit politique. Ils sont souvent envoyés dans les camps de rééducation ou de travail (champs) ou parfois en prison.
  • Les habitants des régions prises par les Khmers rouges en 1975 appartiennent à la catégorie du peuple nouveau : Ils sont « candidats » au statut de citoyen et sont envoyés en camp de travail (routes, rizières, etc)
  • Les citoyens de plein droit constituent le peuple de base : ce sont en réalité les habitants des zones tenues par les Khmers rouges depuis des années. Ils ont des rations alimentaires supplémentaires et peuvent occuper des postes politiques dans les coopératives issues de la collectivisation des terres.

Les Khmers rouges procèdent régulièrement à des déportations et des purges au sein de la population.

Les partisans de Lon Nol (soldats, dirigeants de la République Khmère, soutiens présumés) sont exécutés. Les individus riches ou aisés (intellectuels, medecins, avocats) sont considérées comme suspectes car instruites et sont donc envoyées en camp de travail ou en camp de rééducation. Toute personne portant des lunettes est suspecte et donc passible de mort.

La peur est omniprésente, l’Angkar voit tout

Les familles sont séparées, la structure familiale est effacée : chaque individu est un « camarade » et non plus une sœur, un père. Il est interdit de montrer le moindre sentiment ou affection sous peine de mort tout comme la moindre effraction, y compris un simple bris de verre par inadvertance ou un buffle qui s’est mal comporté dans un champ.

Les milices de villages embrigadent également les enfants, en parallèle de la famine qui règne. Cette famine est le résultat de la désorganisation complète de l’agriculture, engendrée par les déplacements massifs des populations et les réquisitions sur les rares productions de nourriture. De même, les bombardements quasi constants par les États-Unis détruisent l’ensemble du territoire.

En parallèle, les Khmers rouges réalisent de nombreuses persécutions raciales et religieuses à l’encontre des Chams (ethnie musulmane), des catholiques, ainsi que des minorités vietnamiennes (Khmers Krom), chinoises ou thaïs.

Le clergé bouddhiste n’est pas épargné et est placé en camp de travail ou exécuté. Moins de 5% a survécu au génocide.

Le régime khmer rouge ne bénéficie d’aucun système judiciaire : les sanctions et exécutions sont arbitraires.

Les temples et écoles, dorénavant fermés sont réaménagés en centre de rééducation. Dans ce contexte, centre de rééducation signifie centre de torture.

Le régime Khmer rouge est soutenu par le Parti Communiste chinois et Mao Zedong, qui lui apporte une aide financière et militaire, ainsi qu’une protection diplomatique dans les institutions internationales. En 1975, le Kampuchéa Démocratique (nouveau nom du Cambodge à partir d’octobre) avait contracté un prêt de 20 millions de dollars auprès de la République populaire de Chine pour financer sa guerre et sa Révolution. Pour rembourser ce prêt rapidement, la faune et la flore sont vendues par tonnes (bois de cervidés, peaux de python, peaux de tigre, etc), tout ce qui peut servir à la médecine traditionnelle chinoise et son industrie pharmaceutique en échange d’armes et de la protection diplomatique.

Tout ceci (répression, déportations, exécutions, tortures et autres atrocités) se fait dans un silence général de la communauté internationale puisque le Kampuchéa Démocratique est couvert par la Chine et ses alliés, notamment l’URSS. Les preuves sont extrêmement rares, la presse et les photographes sont interdits. Aucune trace, aucune image ou alors à la gloire de Pol Pot, qui malgré tout adorait les arts et va embaucher un peintre, prisonnier d’un centre de torture qui va jouer un rôle clé dans la mémoire du génocide.