Rappelle moi le génocide arménien : vers la reconnaissance juridique

Rappelle moi le génocide se concentre cette année sur le génocide perpétré à l’encontre des chrétiens arméniens dans l’Empire ottoman, entre le printemps 1915 et l’automne 1916. Fidèle à l’esprit initial de cette série de lives commencée en 2021, cet article est une synthèse écrite du live du dimanche 28 juillet.


De nombreux témoins y compris des diplomates font part des massacres et atrocités commises. Les Alliés sont en parallèle engagés sur le front européen.

L’ultime étape du processus de destruction est l’acheminement des populations en direction de 25 camps de concentration en Syrie et Haute-Mésopotamie à partir d’octobre 1915. Environ 800 000 personnes y sont déportées. D’avril à décembre 1916, les 500 000 Arméniens qui y survivent sont massacrés.

Le 24 mai 1915, les Alliés font une déclaration commune, accusant la Turquie de « crime contre l’humanité et la civilisation ». Ils s’engagent à tenir pour responsables les membres du gouvernement ottoman ainsi que toute personne ayant contribué aux massacres.

En représailles, le gouvernement ottoman promulgue le 27 mai 1915 (3jours plus tard) la loi Tehcir, une loi provisoire de déportation. Cette loi Tehcir autorise l’expulsion de la population arménienne de l’Empire ottoman sous couvert de « déplacement de populations suspectes d’espionnage ou de trahison ». 

Cette loi sera abrogée trois ans plus tard, le 4 novembre 1918 par le parlement ottoman d’après-guerre, car inconstitutionnelle.

Le 15 septembre 1915, un télégramme est envoyé, appelant à « détruire tous les Arméniens résidant en Turquie« . Il s’agit de détruire et non pas tuer. Il fallait détruire toute trace des Arméniens sur le territoire.

De fait, seulement un tiers des Arméniens survivent des déportations massives et massacres.

Toute preuve est éliminée, aucune photo n’est rendue visible et censure dans les médias.

Les fonctionnaires essayant d’en parler sont systématiquement éliminés dont Hasan Mazhar Bey, gouverneur d’Ankara : il s’oppose aux ordres de déportation en mai 1915. Un délégué appartenant à l’Organisation Spéciale vient le surveiller en juillet 1915, puis Hasan Mazhar Bey meurt limogé le 8 juillet 1915.

Une nouvelle accusation contre la Turquie le 7 novembre 1916 est lancée par les Alliés.

Un soutien russe important est apporté à la résistance de la ville de Van, quand les troupes ottomanes assaillirent les quartiers arméniens de la ville. Un général russe ordonne aux armées impériales russes de secourir les Arméniens de Van. Après 5 semaines, les troupes russes venant de Perse entrent le 18mai faisant fuir les troupes turques : ils y découvrent 55 000 civils arméniens massacrés.

En tant qu’allié de l’Empire austro-hongrois et de l’Allemagne, il est fort possible que l’Allemagne ait été au courant des plans génocidaires. Les études récentes montrent que depuis 1912, l’Allemagne était informée de cela, donc avant l’appel à destruction officiel de 1915.

De même, des officiers allemands présents en Turquie en 1915, ont intégré le parti nazi et ont participé activement à la Shoah : c’est le cas de Rüdolf Höss, qui a dirigé le camp d’Auschwitz. Il existait toutefois des soldats allemands désobéissant aux ordres concernant les Arméniens.

Dès 1916, un document est publié, niant les massacres et devenant la pierre angulaire du négationnisme de ce génocide : « Vérité sur le mouvement révolutionnaire et les mesures gouvernementales ».

Le génocide arménien désigne la communauté arménienne ciblée par une volonté de destruction de l’Empire Ottoman par un processus de déportation et massacres. Cependant, d’autres peuples étaient concernés, notamment les populations pontiques et araméennes (assyriennes, chaldéennes, syriaques).

Les Arméniens en exil, deviennent réfugiés apatrides avec la mention « retour interdit », devenant « sans retour possible ». Une partie des rares survivants reste caché sur place : sauvés ou enlevés, ils sont parfois adoptés et islamisés de force.

Passeport d’Hagop Handjian portant la mention « Retour interdit » délivré par la nouvelle République turque, « au nom du gouvernement de la Grande Assemblée nationale de Turquie, le 19 juillet 1924 ». © Coll. Centre du Patrimoine Arménien, Valence.

Le génocide prend fin progressivement lors de la capitulation le 30 octobre 1918 de l’Empire ottoman. L’Allemagne capitule le 11 novembre 1918, mettant fin à la Première Guerre Mondiale. Les pachas et hauts responsables du parti fuient pour Berlin.

La Nouvelle République de Turquie est fondée par Mustapha Kamal en 1923. Ce système politique est composé d’anciens génocidaires, menant une violente répression envers les Arméniens souhaitant revenir et un effacement des preuves du programme d’extermination. Lors des procès d’Istanbul en 1919 et 1920, les principaux responsables du génocide sont condamnés à mort par contumace (en leur absence). Ils sont en fuite, ce sont des révolutionnaires arméniens qui « exécutent » leurs peines. En réalité, les responsables n’ont jamais été inquiétés. 

Dans l’histoire officielle de la Turquie, rédigée dans les années 30, l’Arménie n’est pas mentionnée, comme si elle n’avait jamais existé.

Les Arméniens revendiquent la reconnaissance du génocide perpétré en 1915-1916. Un négationnisme d’État est mis en place par la Turquie, centré sur la récusation de l’intention criminelle, la réduction du nombre de victimes et le retournement de l’accusation. 

En 1948, le terme « génocide » devient une infraction du droit pénal international grâce au juriste Raphaël Lemkin. Lemkin prend comme base les massacres perpétrés à l’encontre du peuple arménien et les autres populations ciblées par l’Empire ottoman.


En vert, Pays qui reconnaissent le génocide arménien
 En rouge les pays qui nient le génocide arménien

A toute reconnaissance ou tentative de reconnaissance par un État, ville, parlement ou personne, le gouvernement turc réplique par des mesures diplomatiques, économiques et juridiques ayant des répercussions y compris sur l’expression et les arts.

Le génocide arménien est reconnu en France par l’Assemblée Nationale en janvier 2001.