Lors du précédent article, il a été exposé un bref contexte historique de l’ex-Yougoslavie ainsi que de la Bosnie-Herzégovine.
Dans celui-ci, une synthèse des nationalismes en jeu est présentée permettant une meilleure compréhension des faits survenus notamment à Srebrenica.
La Yougoslavie en 1991 est composée d’une myriade de communautés régulièrement en tensions internes malgré une mixité de la population. Ces tensions peuvent être le reflet d’ambitions, d’idéologies nationalistes au détriment des autres communautés vivant sur le même territoire.
Pour rappel, le nationalisme en tant que doctrine, consiste à présupposer l’existence d’une nation particulière et les intérêts de celle-ci, sans prendre en considération les autres groupes de cette nation. Dans le mouvement nationaliste, il y a l’idée d’auto-détermination (aucun soutien de l’extérieur) et d’Etat-nation.
La situation en ex-Yougoslavie et Bosnie-Herzégovine avant les nettoyages ethniques revendiqués comme tels, est la suivante.
Entre 1945 et 1992, la Bosnie-Herzégovine fait partie de la République fédérative socialiste de Yougoslavie. Il existe cinq autres républiques : Serbie (incluant la région autonome du Kosovo), Croatie, Macédoine, Monténégro, Slovénie.
Chaque groupe des dix ethnies cohabitant en Yougoslavie a des revendications plus ou moins mises ou silence sous la politique du président Tito (1953 à 1980) maintenant un état communiste. Rattaché à l’URSS jusqu’en 1948, il y a de nombreuses purges au sein du pays, mais non transmis à la communauté internationale pour éliminer les opposants au pouvoir ainsi que des déplacements de population, des exécutions punitives et une politique de terreur. Les différents états, à partir de 1945 deviennent des républiques bien que le gouvernement central reste tout puissant sur les plans économique et politique. Le parti communiste, parti du pouvoir, devient parti unique.

Les statistiques internes sur l’économie du pays, visent à justifier son organisation fédérale et ne suivent pas les critères internationaux. Des catégorisations, volonté du parti communiste, permettaient la reconnaissance de certains groupes mais pas tous : par exemple, les serbo-croates musulmans de Serbie ou du Monténégro n’apparaissaient pas dans les statistiques. Autre exemple, les Albanais de Yougoslavie sont considérés comme « minorité » tandis que les Monténégrins et Macédoniens, moins nombreux, sont considérés comme « peuple ». Ces choix ont attisés les frustrations identitaires, rappelant entre autres les divisions ultérieures lors des précédentes phases historiques du territoire tel que l’empire austro-hongrois ou encore l’empire ottoman.
A la mort de Tito en 1980, les différents groupes revendiquent leur liberté et doléances.
En Serbie, Slobodan Milosević est élu président en 1989 en s’appuyant sur des ambitions nationalistes celle de créer une « grande Serbie » englobant la majeure partie du territoire de l’ex-Yougoslavie. Selon lui, tout endroit où se trouve une communauté serbe doit devenir une annexe de la Serbie et cela doit passer par des nettoyages ethniques (termes employés) et la modification des frontières par la force.
Franjo Tudman arrive au pouvoir en Croatie en 1990, souhaite créer une « grande Croatie« . Bien qu’ennemis, Milosević et lui partagent la même idéologie, souhaitaient partager la Bosnie et créer des États-nations ethniquement purs.
De la propagande, manipulation de l’opinion publique, révision de l’histoire et incitation à la haine interethnique allant jusqu’à justifier les crimes futurs, autant de mêmes outils utilisés dans les deux républiques voisines en Croatie et Serbie.
Les Croates sont présentés comme des Oustachis (« insurgés »), un mouvement séparatiste fasciste croate anti-yougoslavie, préparant un génocide contre les Serbes de Croatie. De même, les musulmans sont visés des deux côtés car appartenant à la « menace islamique ».
En 1991, la Croatie et la Slovénie déclarent leur indépendance avec la chute du communisme.
La même année, Radovan Karadzić, leader du nationalisme serbe en Bosnie-Herzégovine, évoque la disparition, l’extermination des Bosniaques si la Bosnie devient indépendante. Quelques mois après, il devient président de la république des Serbes de Bosnie-Herzégovine puis la Bosnie-Herzégovine devient indépendante suite à un référendum. Les miliciens serbes, en réaction, font le siège de Sarajevo jusqu’à sa levée en 1995 faisant environ 5 000 victimes civiles.
S’en suivra en parallèle une conquête des territoires à majorité serbe, avec une politique de terreur et des massacres sur les Croates et Bosniaques, ainsi que la destruction des institutions y compris culturelles (livres, archives, manuscrits Bosniaques) et des nettoyages ethniques pour « purifier le territoire ».
L’un d’eux sera particulièrement révélateur sur de nombreux aspects y compris sur la scène internationale, objet de notre prochain article : Srebrenica, considéré depuis peu comme génocide.
- RAPPELLE MOI LE GENOCIDE (5) : Srebrenica, faire mémoire aujourd’hui

- Rappelle moi le génocide : 4. Srebrenica, une fragile reconnaissance

- RAPPELLE MOI LE GÉNOCIDE : EX-YOUGOSLAVIE 3. SREBRENICA

- RAPPELLE MOI LE GENOCIDE EX-YOUGOSLAVIE 2. La montée des nationalismes

- RAPPELLE MOI LE GENOCIDE : L’EX-YOUGOSLAVIE 1.Présentation


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