RAPPELLE MOI LE GÉNOCIDE : EX-YOUGOSLAVIE 3. SREBRENICA


Retrouvez les articles précédents, le premier sur une brève présentation historique, le second sur le contexte politique. Cette partie est consacrée au massacre, considéré ensuite comme génocide, de Srebrenica.


En parallèle de la montée des nationalismes dans différents territoires (Croatie et Serbie), différentes guerres successives entre les communautés vont avoir lieu. En plus des armées officielles, des groupes paramilitaires et milices, principalement serbes vont s’organiser et procéder à des « nettoyages ethniques« , c’est à dire la destruction, l’élimination totale d’un groupe ici en l’occurrence les Bosniaques, autre nom pour désigner les musulmans. L’appellation « nettoyage ethnique » est revendiquée par les groupes les réalisant.

De nombreuses villes et villages deviennent le lieu d’atrocités, de massacres, viols, pillage, destruction de biens et d’expulsions forcées de milliers de musulmans. Des milliers de civils musulmans ont fui dans des enclaves isolées, telles que Srebrenica, Zepa, Gorazde, mettant parfois à mal les forces serbes.

1992

Depuis 1992, sur le site de Srebrenica, des pièces d’artillerie sont positionnées à chaque point stratégique, en hauteur entourant la ville. A chaque prise d’une ville ou village alentours de Srebrenica, des postes de contrôle serbes sont installés, décidant de chaque passage. Le même mode opératoire se reproduit, massacres, pillages, viols.

Le 18 avril 1992, les forces serbes lancent une attaque sur Srebrenica : 5 000 obus d’artillerie sont tirés sur la ville et villages environnants. Il y a malgré tout quelques faits de résistance avec des groupes de villageois bosniaques qui contrecarrent les attaques serbes.

La même année, la Bosnie devient un état indépendant et a donc sa propre armée, l’Armee de la République de Bosnie-Herzégovine (ARBiH). L’armée populaire yougoslave (Serbie) devient une armée d’occupation étrangère sur le territoire bosniaque. Milosević dirigeant serbe, scinde alors l’armée populaire yougoslave en deux entités : l’armée de la république serbe de Bosnie en Bosnie et l’armée de Yougoslavie en Serbie. Ceci lui permet de poursuivre ses objectifs de conquête par la force et la destruction des Bosniaques avec des noms différents en regroupant des groupes paramilitaires : ces forces étaient illégales en Bosnie, la seule légitime étant l’armée de la république de Bosnie.

A Srebrenica, la population initiale est de 9 000 habitants. L’afflux de réfugiés chassés des différents territoires fait augmenté la population de 20 000 puis 60 000 en quelques mois, privant Srebrenica de nourriture, eau, électricité, médicaments et personnel soignant, puisque tout est détruit par les forces serbes contrôlant les accès.

1993 

Un an plus tard, le 16 avril 1993, le conseil de sécurité de l’ONU adopte la résolution 819 déclarant Srebrenica et ses environs « zone de sécurité« , exempte théoriquement de toute attaque. La résolution envisage la cessation de toute offensive, le retrait des forces serbes, ainsi que la Serbie et le Monténégro cessent de fournir du soutien militaire aux groupes serbes. En plus, cette résolution permet le déploiement des forces canadiennes de la FORPRONU, délégation militaire de l’ONU pour démilitariser la zone. Ils seront remplacés ensuite par des soldats néerlandais. Les forces serbes continuent d’installer des chars et artillerie lourde.

Des actions sous couvert du HCR (Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés) permettent l’évacuation de plusieurs milliers de civils et blessés mais ont été stoppé ensuite par le gouvernement bosnien, qui craignait que cela facilite les nettoyages ethniques en laissant les personnes en dehors de Srebrenica.

La situation s’aggrave au fur et à mesure des mois, puis années de siège. Les convois d’aides humanitaires sont également bloqués, y compris ceux pour les forces onusiennes par les forces serbes.

1995

En mars 1995, Radovan Karadzić, président de la République Serbe, ordonne publiquement l’élimination des musulmans des enclaves de Srebrenica et de Zepa par la directive n°7 :

« Par des actions de combat planifiées et bien conçues, créez une situation d’insécurité totale, ne laissant aucun espoir de survie ou de vie future aux habitants de Srebrenica et de Zepa. »

Radovan Karadzić

En juillet 1995, le plan concret sous le nom de code « Krivaja 95 » mène au meurtre ou disparition d’environ 8 000 hommes et garçons musulmans de Bosnie, mais aussi le transfert forcé de près de 30 000 femmes, enfants et personnes âgées.

Le 11, séparation des différents groupes : les femmes, enfants et personnes âgées sont déplacées en bus vers Tuzla. Une partie des hommes sera fusillé dans des fermes voisines. Environ 20 000 personnes sont déplacées et disparues.

Du 13 au 16, l’armée des Serbes de Bosnie, commandée par Ratko Mladic, s’empare de Srebrenica sous les yeux des casques bleus et réalisent le massacre de plus de 8 372 personnes. Ces personnes, hommes et garçons sont fusillés ou décapités, puis placés dispersés dans plusieurs charniers, leurs corps souvent incomplets. Le crime est dissimulé en morcelant et déplaçant les corps, rendant l’identification extrêmement difficile. 

Extrait du livre Les Tombes, de Gilles Peress, 1995, Scalo

Le travail des équipes chargées de l’exhumation et identification des victimes n’est pas achevé, près de 30 ans plus tard faute de moyen mais aussi en raison de l’insécurité régnant dans la zone à majorité serbe. De nombreux charniers restent encore à découvrir.

Exhumation à Srebrenica en 1996

Il faut attendre 2007 pour que ce massacre soit reconnu comme génocide par la Cour Internationale de Justice. Une fragile reconnaissance, reflet de multiples problématiques pour l’histoire de la justice internationale, objet du prochain article.