Rappelle moi le génocide : 4. Srebrenica, une fragile reconnaissance


L’épisode précédent était consacré au déroulement du massacre de Srebrenica (11 au 15 juillet 1995), considéré ensuite comme génocide.


Officiellement la guerre prend fin en 1995 par une offensive de la Croatie, et une intervention de l’OTAN. Les accords de Dayton sont signés en décembre 1995, divisant la Bosnie-Herzégovine en deux : la Fédération de Bosnie et Herzégovine (croato-bosniaque) et la République Serbe de Bosnie. Les premiers massacres remontent à 1991. Le Tribunal Pénal International pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) a été créé en 1993 en raison des témoignages des survivants et des disparitions en masse. 

Au lendemain du génocide de Srebrenica en juillet 1995, de nombreux massacres et exécutions se poursuivent les jours suivants et les forces serbes s’emploient à exhumer des corps de fosses d’origine pour les transférer vers des fosses secondaires, brouillant les pistes, et ce, d’août à octobre 1995. Les forces serbes interdisent l’accès aux régions environnantes de Srebrenica.

Le programme d’exhumation de Srebrenica, Bosnie-Herzégovine, 1996 (Photos reproduites avec l’autorisation du TPIY)

Le déplacement des corps dans différentes fosses est considéré comme de la dissimulation et une tentative de destruction des preuves de massacre et exécutions. Dans certains cas, des restes d’une même personne ont été retrouvés en deux endroits distants de 40km. De telles mesures n’auraient pas été nécessaires si les personnes auraient été victimes de combat. A l’intérieur des fosses, les personnes avaient les mains et pieds liés, ainsi que des bandeaux sur les yeux.

Ligatures utilisées pour attacher les mains des prisonniers, découvertes durant les exhumations de Srebrenica, en Bosnie-Herzégovine (Photos reproduites avec l’autorisation du TPIY)

En mars 2009, 73 fosses ont été identifiées : 31 fosses primaires, 37 fosses secondaires, 5 dont les spécialistes ignorent si elles sont primaires ou secondaires. Le bilan humain reste incomplet car il reste des personnes disparues et/ou non identifiées même encore aujourd’hui.

La recherche de corps par le TPIY jusqu’à fin 2001 a permis l’identification de 2 361 cadavres. Malgré l’évolution technologique grâce notamment à l’ADN, trop de personnes restent non identifiées. Le temps écoulé et la diminution du nombre de témoins rendent la tâche laborieuse.

Carte indiquant les lieux des exhumations réalisées entre 1996 et 2000 dans la municipalité de  Foča, en Bosnie-Herzégovine (Photos reproduites avec l’autorisation du TPIY)

Dans l’histoire de la justice internationale, l’ex-Yougoslavie incarne une faille, celle de la réaction non adaptée de la communauté internationale et sa réponse inadéquate face aux nettoyages ethniques et au massacre de Srebrenica. De nombreux éléments indiquent que les puissances ont abandonné Srebrenica aux Serbes tout comme Zepa, seconde « zone de sécurité », devenue un massacre.

La Cour Internationale de Justice a reconnu uniquement les massacres ayant suivi la chute de Srebrenica comme génocide. 

Pièce à conviction présentée par l’Accusation au procès de Krstić,  dans l’affaire de la ferme de Branjevo, située en Bosnie-Herzégovine, près de Srebrenica (Photos reproduites avec l’autorisation du TPIY)

L’ancienne rapporteuse des Balkans pour l’ONU Florence Hartmann affirme que le TPIY aurait pu prouver l’implication de la Serbie dans le génocide grâce aux archives du Conseil Suprême de Défense de Serbie, documents que le TPIY avait mais ne les a pas transmis à la Cour Internationale. Hartmann a été condamnée à 7 jours de prison pour la divulgation de ces informations dans son livre autobiographique. Elle a également relaté, comme d’autres personnes, les pressions extérieures subies par les juges et témoins. Par exemple, des témoins devant témoigner contre un chef militaire ont été assassinés avant l’audition ou sont morts peu de temps avant dans des circonstances suspectes.

De même, des témoins censés être protégés ont été assassinés ; il a fallu parfois attendre 10 à 15 ans avant que les pays se décident à arrêter les personnes accusées alors que présentes sur leurs sols. Sur les 161 personnes mises en accusation, 93 ont été condamnées : 67 serbes, 18 croates, 5 bosniaques, 2 kosovars et 1 macédonien. 18 ont été acquitté, 13 dossiers ont été transféré à des juridictions nationales et dans 37 cas, les procédures ont été interrompu du fait du décès de la personne (c’est le cas pour Slodoban Milosevic) ou de retrait des charges. Le TPIY a fermé en 2017.

Cependant, malgré une relative reconnaissance du massacre de Srebrenica comme génocide en 2007, ainsi que le travail réalisé par le TPIY, il existe un négationnisme très présent encore de nos jours dans les Balkans que l’art et la mémoire viennent opposer, objet de notre dernier article de la série.