Rappelle moi le génocide Cambodge : les camps de Tuol Sleng et Choeung Ek (S21)


Rappelle moi le génocide se concentre cette année sur le génocide perpétré par les Khmers Rouges au Cambodge, entre 1975 et 1979. Fidèle à l’esprit initiale de cette série de lives commencée en 2021, cet article est une synthèse écrite du live du dimanche 16 juillet.

Cet article se focalise sur les différents types de camps sous le Kampuchéa Démocratique, à travers le cas de S21, ce complexe regroupant Tuol Sleng et Choeung Ek.


Entre 1975 et 1979 sous le régime khmer rouge au Kampuchéa Démocratique (Cambodge), le travail et la rééducation sont nécessaires pour rééduquer le peuple. Pour y parvenir, différents moyens sont utilisés dont l’emprisonnement ainsi que la torture, en plus du travail forcé.

Aucune possibilité d’expression, tout comme la presse, ainsi que les arts et divertissements sont formellement interdits. Les écoles, universités sont fermés, tout comme les hôpitaux et tribunaux.

En plus du travail dans les champs, certaines personnes étaient envoyés directement en centre de rééducation (torture) comme Tuol Sleng ou bien encore dans des camps d’exécution, notamment Choeung Ek. Tuol Sleng est devenu le musée du génocide.

Tuol Sleng

Tuol Sleng est à l’origine un lycée, qui a été transformé en prison, appartenant au complexe S21, incluant Choeung Ek. Il existait environ 196 prisons de ce type et ce sont les plus hauts dirigeants du régime qui les dirigeaient. A S21, c’était Kang Kek Ieu, alias Douch.

Tuol Sleng est formé de quatre bâtiments de trois niveaux, formant un U. L’ensemble, ouvertures comprises, est recouvert de fil barbelé pour éviter que les prisonniers ne se suicident. C’est uniquement Douch qui décidait de la vie ou de la mort des prisonniers.

Les anciennes salles de classe servaient de cellules collectives où une cinquantaine de prisonniers étaient entassées, allongées au sol, pieds attachés par de longues barres de fer avec des anneaux en fonte. D’autres salles de classe étaient divisées en cellules individuelles de 1m50 à 2m.

Un gardien fouillait régulièrement les personnes allongées, afin de vérifier si elles n’avaient pas un quelconque objet ayant pu les aider à se suicider. Du gruau de riz était servi une à deux fois par jour, les besoins devaient se faire dans une boite de munition.

Le nombre de détenus varie légèrement. L’estimation la plus basse se base sur les archives incomplètes de S21 est comprise entre 12 273 et 18 000 prisonniers. Les registres étaient minutieusement tenus pour prouver la vie et la mort des ennemis de l’Angkar, l’organisation suprême. Chaque prisonnier était pris en photo avant et une fois mort, pour attester de leur exécution. Les seuls survivants trouvés sur place par l’armée vietnamienne en janvier 1979 étaient 7 hommes et 5 enfants.

Le profil des prisonniers

  • au départ, les membres de l’administration et forces armées de Lon Nol, ancien dirigeant du Cambodge
  • ensuite des personnes issues des rangs khmers lors des purges internes
  • civils, étudiants, intellectuels, moines bouddistes étrangers.

© the Tuol Sleng Museum of Genocide

La torture servait à faire avouer des fautes que les prisonniers n’avaient pas commises. Tout était retranscrit sur papier. Si la déclaration ne satisfaisait pas la direction, les prisonniers étaient de nouveau torturés pour déclarer un lien avec la CIA, le KGB, un régime démocratique ou capitaliste, impérialiste… . Tout prisonnier arrivant à Tuol Sleng était forcément coupable.

Les Khmers rouges ne devaient pas utiliser de munitions et d’armes, qui coûtaient cher. Aussi, tout était bon pour servir d’objet de torture. Une équipe médicale pratiquait également des expérimentations.

Dans chaque pièce, un lit en métal. Le prisonnier y était attaché et torturé. La boite de munition pour les besoins.

En arrivant au centre, il y a un panneau énumérant les droits du prisonnier.


Choeung Ek (killing fields)

En 1979, un paysan découvre un arbre avec des cheveux et de la matière cérébrale dans l’écorce. Puis un trou empli de corps humains. Il venait de mettre à jour Choeung Ek, un des nombreux charniers, ou killing fields du régime khmer.

Sur une superficie de 2 hectares, les fouilles ont exhumé environ 8 985 ossements, pour 17 000 victimes estimées.

Sur ce site, les gardiens amenaient les prisonniers en camion, puis les abattaient à coup de pioches, marteaux ou machettes.

A proximité, un arbre magique est placé : un haut-parleur y était installé et diffusait de la musique de propagande pour couvrir les cris des victimes.

Choeung Ek n’était pas le seul site d’extermination comme le montre un programme de cartographie mené avec l’Université de Yale, recensant près de 20 000 tombes collectives sur le territoire pour un minima de 1 386 734 victimes. De nombreuses tombes et fosses communes restent à découvrir, sans compter les morts de maladie ou de sous-alimentation.

De nos jours, c’est un mémorial, comprenant un stupa (architecture bouddhiste) abritant les ossements inhumés. Le sol laisse apercevoir de nombreux restes humains, à chaque mousson.

Si ce n’est pas l’humain qui vient raconter, c’est la nature ou encore les arts… .