Rappelle moi le génocide Cambodge : actes génocidaires et enjeux politiques


Rappelle moi le génocide se concentre cette année sur le génocide perpétré par les Khmers Rouges au Cambodge, entre 1975 et 1979. Fidèle à l’esprit initiale de cette série de lives commencée en 2021, cet article est une synthèse écrite du dimanche 30 juillet.

Au travers des épisodes, nous avons pu voir le contexte, la mise en place, les différents types de camps par l’exemple de S21 ainsi que les arts face au déni.


La fin du génocide

Entre décembre 1978 et janvier 1979, le Vietnam et le Kampuchéa Démocratique (nom du Cambodge sous le régime khmer rouge) se font la guerre en raison de nombreuses accroches aux frontières : les Khmers rouges craignent également une expansion du territoire vietnamien. Le mouvement khmer rouge bénéficie en outre de soutiens puissants, dont la Chine, la Thaïlande et les États-Unis qui souhaitent faire bloc au Vietnam, allié de l’URSS.

Le régime khmer rouge est chassé de la capitale Phnom Penh en janvier 1979 par l’armée vietnamienne. Les Khmers rouges continuent toutefois les massacres à destination des Vietnamiens de souche.

Aucune reconnaissance des massacres sur l’ensemble des communautés (1.7 millions de Cambodgiens, soit 20% de la population à l’époque) par les dirigeants khmers, dont Pol Pot dira même ceci :

« Seuls quelques milliers de Cambodgiens ont pu mourir à la suite d’erreurs dans l’application de notre politique consistant à donner l’abondance au peuple. »

Pol Pot disparaît en fuite, et ne sera arrêté qu’en 1997. Il meurt en 1998, sans avoir été jugé : la cause de son décès demeure inconnue.

Il faut attendre 2004 pour que s’ouvrent les Chambres extraordinaires au sein des tribunaux cambodgiens (CETC) pour juger les responsables Khmers rouges. Les procès sont toujours en cours.

Comment qualifier les crimes commis sous le régime khmer rouge ?

Jusqu’en 2018, ce n’étaient que des crimes. Il faut attendre 2018 pour que les deux derniers dirigeants khmers rouges (Nuon Chea, 92ans, Kieu Samphan, 87ans) encore en vie soient reconnus coupables de génocide et crimes contre l’humanité après plusieurs jugements successifs.

Le tribunal a estimé que le crime de génocide a été établi puisque les khmers rouges tendaient à « établir une société athée et homogène en supprimant toutes les différences ethniques, nationales, religieuses, raciales, de classe et culturelles. »

Cette intention et sa mise en œuvre répondent parfaitement à la définition de génocide selon les Nations Unies, par la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide (art.2) :

« le génocide s’entend de l’un quelconque des actes ci-après, commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel :

  1. Meurtre de membres du groupe ;
  2. Atteintes graves à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe ;
  3. Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle ;
  4. Mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe ;
  5. Transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe. »

1979- 2018 : Pourquoi autant de temps ?

Reconnaître un génocide exige du temps : le temps de récolter les preuves, les témoignages, les responsables. Dans ce cas précis, il a fallu attendre une quarantaine d’années pour sa reconnaissance. A cela, différentes raisons peuvent expliquer ce lent processus.

  • Le Cambodge est un pays en proie à un très fort taux de corruption, malgré la vigilance des Nations Unies sur les juges cambodgiens nommés à cette instance.
  • La traduction des jugements et des preuves dans les langues officielles des Nations Unies et celle du pays : anglais, français, khmer. Cette exigence coûte extrêmement chère.
  • A cela s’ajoute la difficulté de rassembler les preuves dans un pays où les Khmers rouges sont restés en liberté.
  • De plus, le Kampuchéa démocratique a conservé son siège aux Nations Unies jusqu’en 1991 et bénéficiait de la protection diplomatique de ses alliés.

Il était donc difficile de lancer une telle procédures dans ces conditions, d’autant plus que ce pan de l’Histoire est resté dans l’ombre délibérément durant des années. Toute référence au régime entre 1993 et 2002 était supprimée et interdite par le gouvernement cambodgien dans l’objectif d’une réconciliation nationale. Ce n’est qu’en 2009 dans les écoles qu’un manuel scolaire spécifique a été mis en place.

Plus de la moitié de la population actuelle du Cambodge est née après la chute du régime khmer et ne croit pas en ce pan de l’Histoire.

Les dégâts de cette ignorance volontaire par le gouvernement sont dangereux pour de nombreuses raisons, entre autres pour les droits humains. Falsifier l’Histoire est la porte ouverte à la construction de récits détournés et un terreau fertile à grand nombre d’idéologies au détriment de l’Humain.

Il faut connaître l’Histoire et ses multiples versants pour construire la paix.