Rappelle moi le génocide se concentre cette année sur le génocide perpétré par les Khmers Rouges au Cambodge, entre 1975 et 1979. Fidèle à l’esprit initiale de cette série de lives commencée en 2021, cet article est une synthèse écrite du live du dimanche 2 juillet, ainsi que le live du lundi 3 juillet.
Il s’agit du contexte historique entre 1970 et 1975, que l’on peut considérer comme annonciateur de ce qui va se passer sous le le régime des Khmers Rouges entre 1975 et 1979.
Localisation géographique


Le génocide perpétré par les Khmers Rouges a été reconnu comme tel seulement en 2018, soit près d’une quarantaine d’années après, et ce pour différentes raisons. J’en ferai l’objet de mon dernier live et article, le dimanche 30 juillet.
J’ai souhaité me focaliser sur ce génocide en particulier, tout simplement pour lutter contre le préjugé tenace qui consiste à croire qu’un génocide ne peut pas se produire sous un régime communiste. Celui perpétré au Cambodge est un parfait contre-exemple. Un génocide peut se produire n’importe où, dans n’importe quel régime politique, hier, aujourd’hui et demain.
Il est difficile d’estimer avec précision le nombre total de victimes sous le régime des Khmers rouges.
Toutefois, de façon globale, le nombre est compris entre 1,7 millions et 2 millions, soit environ 21% de la population.
Un génocide en pleine Guerre Froide

Le génocide au Cambodge dure de 1975 à 1979. Le monde est en pleine Guerre Froide (1947-1991), qui voit s’opposer les États-Unis et leurs alliés (bloc de l’ouest, capitaliste), face à l’URSS et ses états satellites (bloc de l’est, communiste). La Guerre Froide est multidimensionnelle, portée par des différences idéologiques et politiques, en faisant s’affronter les Deux Géants (États-Unis/URSS) sur des territoires annexes et non pas leurs propres sols. Cette opposition engrange une course à l’armement nucléaire entre les deux superpuissances et armes chimiques dont le napalm au Vietnam. Exemples de conflits où les deux superpuissances sont impliquées : guerre de Corée, guerre d’Indochine, guerre du Vietnam, guerre d’Afghanistan, génocide au Cambodge = environ 10 millions de morts confondus.
Pour le Cambodge, avant le génocide de 1975, trois guerres s’enchaînent sur le territoire.
La guerre d’Indochine, qui voit s’opposer la France et ses colonies (actuels Vietnam, Cambodge et Laos) dure entre 1946 et 1954.
La seconde guerre d’Indochine (1950-1975) est ensuite le théâtre d’affrontement entre la République Démocratique du Vietnam (Nord-Vietnam), soutenu par l’URSS et la Chine, en opposition avec la République du Vietnam (Sud-Vietnam), avec ses alliés les États-Unis.
Enfin, la guerre civile cambodgienne (1967-1975) divise les Khmers rouges, leurs alliés du Nord-Vietnam et ceux du Front de libération du Sud-Vietnam aux forces du gouvernement du Royaume du Cambodge.
Photo de Nick Ut, 8 juin 1972, Vietnam

Les 5 années précédant le génocide au Cambodge
De 1953 à 1970
Suite au protectorat français (1863-1953), le Cambodge devient un royaume gouverné par le prince Norodom Sihanouk de 1953 à 1970, orientant le pays vers une neutralité ambigüe. En protégeant le territoire vis à vis des tensions entre le Laos et le Sud-Vietnam, le prince Norodom Sihanouk rompt les relations avec les Etats-Unis et se rapproche de la Chine par des alliances et accords informels.
Localement, une répression des opposants de tout bord s’instaure peu à peu, en interdisant la presse et en faisant disparaître les personnes pouvant être opposées au prince. De nombreuses intimidations sous diverses formes se font à l’encontre notamment des communistes dans les villes (que le prince nomme Khmers rouges, dont Saloth Sâr, futur Pol Pot est désormais le chef) à partir de 1963, les poussant à s’exiler en campagnes. Les tentatives de coups d’état sont violemment réprimées, tout comme les manifestations.
A partir de 1967-1968, les Khmers rouges (rebelles communistes d’inspiration maoïste) lancent une insurrection en parallèle d’une économique se dégradant, Norodom Sihanouk confie le pays le 14 aout 1969 au général Lon Nol, anticommuniste, en échange d’une aide américaine.
En 1970, un coup d’Etat éclate par le général Lon Nol (photo ci dessous), proclamant la République khmère.
Ce nouveau régime en place, la République Khmère est un régime de droite, nationaliste et pro-américain. En conséquence, toute coopération clandestine aux frontières avec le régime nord-vietnamien, ainsi qu’avec le front national de libération du Sud Vietnam (organisation révolutionnaire communiste) est dorénavant stoppée et interdite.

De 1970 à 1975
Ce changement de régime politique (basculement d’un régime qui tolérait le communisme à un régime qui le réprime) mène à des conflits internes et des répressions violentes face aux différentes oppositions:
- Répression envers le FUNK (Front Uni National du Kampuchéa). Le FUNK est une alliance entre les partisans de Sihanouk et le Parti Communiste du Kampuchéa (Khmers Rouges)
- Insurrection menée par le CPNLAF, les « forces armées de libération nationale du peuple cambodgien », soutenue par l’armée populaire vietnamienne et le Front de Libération du Sud Vietnam
- les parlementaires cambodgiens qui ont fondé la République Khmère, ont été tout d’abord soutenu financièrement et militairement par les Etats-Unis mais échouent à mener leur armée, la Force armée nationale khmère (FANK) à la victoire en raison du désengagement de l’aide américaine par la démission du président Nixon.
C’est une véritable guerre intestine qui se déroule de 1970 à 1975, sous la forme de répressions, massacres y compris à l’encontre des civils, avec des bombardements et de la corruption.
Le 7 avril 1975, les Khmers rouges réussissent à prendre la capitale Phnom Penh et exécutent chaque représentant de l’ancien régime.
La république khmère n’existe plus, le nouveau pouvoir est désigné par le seul nom d’Angkar, « Organisation », sans visage et omniprésente.
Toutes les villes sont évacuées le jour même en direction des campagnes, changeant l’histoire du Cambodge à tout jamais.

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