
Depuis quelques temps, les images générées par Intelligence Artificielle abondent sur les réseaux. Que ce soit pour illustrer des contenus ou véhiculer des fake-news, des deep-fakes, ou encore créer des oeuvres, quels regards porter sur cette tendance et l’impact sur le processus créatif ?
Cet article est une réflexion qui me traverse en tant qu’historienne de l’art. En effet, par mon métier, je baigne dans les images et les oeuvres. Grâce aux compétences d’autres métiers de ce grand domaine qu’est l’art, l’histoire de l’art permet également exercer son oeil aux vraies et aux fausses oeuvres. Il y a beaucoup de créations « à la façon de « , tout comme des copies, ce qui fait partie de l’apprentissage artistique pour former son propre style. Ainsi, nombreux sont les ateliers des grands maîtres de la Renaissance (pour ne citer qu’eux mais ils ne sont pas les seuls) à avoir des élèves reproduisant le style du maître pour produire davantage et réaliser les commandes de l’atelier.

« A la façon » ne remplacera jamais l’original
Il y a quelques jours, j’étais chez mon tatoueur habituel pour une importante composition que nous sommes en train de réaliser : plusieurs de mes pièces tatouées sont des références à des œuvres d’art de différentes époques et styles.
Comme à notre habitude, nous discutons de beaucoup de sujets durant la séance. Ce jour-là, il me tatouait une reproduction d’une eau-forte de Goya. Il m’explique qu’il avait redessiné l’oeuvre initiale, l’avait adaptée à ma peau et mon corps. Il a fallu se mettre dans la tête de Goya, plonger dans les esquisses, la série des Caprichos d’où est extraite l’oeuvre que je lui ai envoyée.
Pour y parvenir, je lui ai transmis la conférence comprenant images et dessins préparatoires, que j’avais réalisé sur Goya il y a deux ans. Et cette eau-forte, « Le Sommeil de la raison engendre des monstres », à la façon de Goya et des très légères modifications de mon tatoueur, a pris forme sous ses aiguilles et encre sur mon avant-bras.

C’est cette plongée dans l’âme, la clé de l’univers d’un artiste, que l’IA, à mon sens, ne peut pas saisir. Ce sera toujours « à la façon », mais étant un outil, un processus mécanique dépourvu de raison, l’essence de la personnalité d’un individu et toutes ses nuances ne peut être retranscrite par l’IA.
Il y a en effet tellement de nuances, de pensées, de filaments multiples et infinis dans la pensée humaine que l’IA ne pourra pas suivre. Ou bien, a contrario, elle pourra tout saisir et mettra tout, au risque d’en faire une image illisible, irrationnelle et insupportable pour le cerveau humain. On l’a bien vu, avec des images de personnes à 12 ou 7 doigts.
Et quoi qu’il arrive, le sommeil de la raison engendre des monstres.

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